Sud du Portugal
Top 7 des lieux les plus surcotés
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Journaliste et doctorante, je voyage dans les vastes interstices entre hauts lieux touristiques et marges, le plus souvent en van, au rythme lent de la route.
Professeur des universités en géographie, je parcours les lieux à la recherche du « réel », que je m’acharne à restituer au travers de fragments, pour inviter à aller voir.
Après un périple en van dans le sud du Portugal, tour d’horizon des sites, villes et villages dont la réputation nous a paru largement imméritée.
Beja
Située entre Évora et la très touristique Algarve, Beja a tout du point d’étape « logique » lors d’un road trip dans le sud du Portugal… et très peu d’arguments convaincants une fois sur place. Si la ville dispose bien de quelques points d’intérêt tels qu’un château, une cathédrale et le Museu Jorge Vieira, tous trois soigneusement restaurés à l’entrée du centre historique, le reste du tissu urbain peine à convaincre. Désertée, marquée par des façades défraîchies, la ville donne l’image d’un lent déclin et d’une misère sociale qui contrastent fortement avec l’élégance de sa voisine Évora. Même les cigognes semblent l’ignorer — ce qui n’est pas peu dire, tant elles se montrent habituellement peu exigeantes quant au choix de leur perchoir printanier.
Faro
Faro constitue pour nous une véritable énigme en matière de succès touristique. Certes, la ville compte quelques édifices remarquables — remparts, cathédrale (payante), consulat… — mais l’ensemble apparaît profondément hétérogène et souvent dégradé : certaines zones sont délabrées, d’autres en chantier. Les bars et restaurants touristiques flirtent avec le mauvais goût, tandis que les commerces se résument le plus souvent à des franchises standardisées que l’on retrouve partout en Europe. On peine à y trouver une rue réellement charmante. Notre déambulation dans ce paysage désordonné s’est en outre faite sous le va-et-vient incessant des avions low cost, l’aéroport étant situé à proximité immédiate du centre-ville. Au final, Faro nous semble largement surévaluée et ne mérite pas, selon nous, le détour que lui accordent de nombreux guides et auteurs de blogs.
Ferragudo
Ferragudo, présenté à l’envi comme un charmant village de pêcheurs, relève davantage du mirage touristique que de la réalité. Le cœur « historique » se résume à deux ou trois ruelles rapidement parcourues et finalement assez quelconques. Le reste n’est qu’un décor recomposé, un pastiche d’authenticité destiné à des visiteurs en quête d’images d’Épinal, qui observent les rares pêcheurs encore en activité comme s’ils étaient des indigènes. À peine sorti de ce périmètre réduit, les immeubles récents viennent rompre toute illusion. En face, la baie de Portimão, massive et bétonnée, achève de dénaturer le tableau. Dans ce contexte, le seul intérêt de Ferragudo se trouve dans les mets délicieux (et bon marché) servis au Benjamim Bistro, tenu par une Luxembourgeoise. Nous recommandons chaudement les parts de gâteaux, servies à toute heure de la journée !
Lisbonne
Quelques années après une première visite, le retour à Lisbonne nous laisse une impression encore plus amère. La capitale semble désormais étouffer sous le poids d’un surtourisme devenu envahissant, au point de donner le sentiment d’une ville vidée de ses habitants. Dans le centre historique, où plus de 60 % des logements seraient aujourd’hui dédiés à la location touristique, les messages anti-touristes dénonçant cette dérive se multiplient sur les murs. Les Lisboètes encore présents paraissent relégués dans certains quartiers populaires, notamment à la lisière de la Mouraria, en rupture avec l’atmosphère aseptisée du reste de la ville. Ailleurs, la foule est omniprésente : touristes en masse, groupes organisés, circulation incessante et bruyante de tuk-tuk. Les boutiques de souvenirs standardisées prolifèrent, tandis que les restaurants peinent à séduire autrement que par un racolage insistant. Même le Bairro Alto, pourtant réputé pour son animation nocturne, déçoit par son ambiance artificielle et saturée de nuisances sonores. Le quartier du Chiado, cependant, a sauvé notre visite : bien moins fréquenté que le Bairro Alto, il présente la même architecture et les mêmes pentes qui dégringolent vers la mer, mais en plus élégant et sophistiqué (il est depuis le XIXe siècle le repaire des écrivains, artistes et intellectuels portugais), et surtout en bien moins fréquenté dès lors que l’on s’éloigne des quelques axes principaux.
Malgré cette respiration bienvenue, en 2025, le célèbre guide de voyage Fodor’s a inscrit Lisbonne dans sa « no list » aux cotés de Venise, Bali ou du Mont Everest, autant de destinations où le tourisme menace l’équilibre local. Loin de chercher à endiguer ce phénomène, les autorités semblent au contraire l’accompagner, notamment à travers l’agrandissement de l’aéroport existant et la construction d’une nouvelle infrastructure de l’autre côté du Tage, prévue à l’horizon 2037.
Le phare de Cabo da Roca
Non loin de Lisbonne, ce premier site « naturel » après l’urbanisation galopante de la capitale est lui aussi victime de son succès. Pris d’assaut par des touristes débarquant par cars entiers avant ou après une visite de Lisbonne et de Sintra, le lieu a été entièrement aménagé au point d’en perdre tout intérêt. Les cheminements en bord de falaise sont désormais fermés au public et, depuis le point de vue principal, on ne distingue pratiquement rien — sinon une foule compacte occupée à se photographier devant le panneau signalant le point le plus occidental de l’Europe continentale. Pour réellement profiter des paysages, mieux vaut s’éloigner du phare et emprunter le sentier du littoral vers le nord : on y retrouve alors un peu de quiétude et des côtes découpées qui, elles, valent davantage le détour.
Peniche
La déception est à la hauteur des attentes qu’elle suscite. Sur le papier, la destination a tout pour séduire : une presqu’île rocheuse battue par l’Atlantique, des panoramas maritimes spectaculaires et l’une des capitales européennes du surf. La réalité est pourtant bien moins séduisante. Une grande partie de la ville est occupée par des infrastructures portuaires, des entrepôts et des zones d’activité. Si le littoral semble effectivement impressionnant, il est paradoxalement difficile à apprécier : les aménagements destinés aux piétons sont inexistants et l’accès à certains points de vue s’avère limité. Une route fréquentée par les poids lourds fait le tour de la presqu’île, sans véritable possibilité de s’arrêter pour contempler les paysages. Le centre historique, quant à lui, se révèle modeste, désert et décatie. Entre celui-ci et le littoral s’étendent des zones composées d’immeubles récents, de constructions utilitaires et de lotissements, le tout sans aucune cohérence esthétique. L’ensemble dégage une atmosphère morose qui nous a laissé un profond sentiment de cafard. Pour voir de la beauté, il faut sans doute embarquer vers l’archipel des Berlengas, une excursion que nous n’avons malheureusement pas eu le temps d’effectuer lors de notre passage.
Nazaré



À moins que les conditions ne soient réunies pour observer les célèbres vagues géantes qui ont fait sa réputation, Nazaré présente finalement peu d’intérêt en dehors du sanctuaire de Notre-Dame de Nazaré. La ville n’est pas dénuée de charme, mais elle est aujourd’hui saturée de visiteurs. Le chemin menant au fort de São Miguel Arcanjo, d’où l’on peut observer les vagues amplifiées par la faille géologique, est envahi de touristes à toute heure de la journée et bordé d’une succession de boui-boui vulgaires. Quelques mètres plus loin, une sculpture représentant un surfeur à tête de cerf, devant l’entrejambe duquel tous les badauds se font prendre en photo, marque le début de la descente vers le fort. L’ensemble donne davantage l’impression d’un temple du mauvais goût dédié au surf que d’un lieu naturel d’exception. Pour profiter de la puissance de l’océan dans un cadre plus préservé, mieux vaut stationner près de Praia do Norte puis longer le littoral jusqu’au pied du fort. C’est d’ailleurs à hauteur d’humain, au plus près des éléments, que les vagues apparaissent les plus impressionnantes.
On a aimé
Randonner
- Sur le Coast Path :
- Rame Head
- Lantic Bay
- de Lizard Point à Mullion Cove
- de Porthsgwarra à Nanjizal Bay
Boire un verre
- À Looe : The Fisherman’s Arms, un pub chaleureux à l’accueil remarquable, où l’on déguste d’excellentes bières artisanales.
- À Marazion : Fire Engine, un pub jouissant d’une vue imprenable sur le Mont Saint-Michel anglais.
Manger
- À Polperro : The Museum Tearoom, une charmante halte gourmande sur la terrasse du café du musée qui domine l’ensemble du village de pêcheur.
- À Mousehole :
- Mousehole Deli & Kitchen, idéale pour manger sur place (avec vue sur mer) ou à emporter (avec une différence de prix selon l’option).
- Four Teas Café, une table proposant sucré et salé à des prix très raisonnables.
Auteur·es
Journaliste et doctorante, je voyage dans les vastes interstices entre hauts lieux touristiques et marges, le plus souvent en van, au rythme lent de la route.
Professeur des universités en géographie, je parcours les lieux à la recherche du « réel », que je m’acharne à restituer au travers de fragments, pour inviter à aller voir.
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