Vólos
La résiliente
Grèce · Ville · Littoral
10 octobre 2025 | par Anouk
Auteure
Journaliste et doctorante, je voyage dans les vastes interstices entre hauts lieux touristiques et marges, le plus souvent en van, au rythme lent de la route.
Nichée entre les eaux paisibles du golfe Pagasétique et les pentes verdoyantes du mont Pélion, Vólos séduit les voyageurs avides de culture et d’histoire. Cette ancienne cité portuaire, largement reconstruite après le séisme dévastateur de 1955, mêle aujourd’hui front de mer animé, avenues contemporaines, ruelles chargées de mémoire, musées passionnants et tavernes conviviales où l’on savoure le célèbre tsipouro.
Étape logique lors d’un périple dans le Pélion, Vólos est une ville surprenante. Sa position stratégique au pied du mont Pélion et sur les rives du golfe Pagasétique a fait d’elle un pôle économique majeur à travers les âges. À l’issue de la guerre d’indépendance (1830) durant laquelle le peuple grec se souleva contre la domination de l’empire ottoman, Vólos connut une vague de modernisation marquée par la construction de routes, de gares de chemin de fer et d’écoles, ainsi qu’un développement rapide de son port commercial, qui présentait l’avantage de faciliter les échanges entre la Grèce continentale et les îles de l’Égée ainsi que l’Europe. Volos devint un centre industriel majeur, avec des usines textiles, des minoteries et des ateliers de mécanique. C’est la période d’arrivée des réfugiés d’Asie Mineure, ces chrétiens d’Anatolie et de Thrace orientale qui furent chassés de chez eux suite à la guerre greco-turque (1919-1922) et le traité de Lausanne officialisant l’échange forcé de populations entre les deux pays. À Vólos, le quartier Nea Ionia est né de cette arrivée massive de déplacés qui mirent leurs savoir-faire dans le textile, l’artisanat, la céramique et le commerce au service de la croissance économique de la ville.
Mais la paix fut de courte durée : la Seconde Guerre mondiale vit débarquer les forces italiennes (1941) puis allemandes (1943), une occupation s’accompagnant logiquement de répressions, de pénuries alimentaires et de mouvements de résistance. En partie détruite par les bombardements, Vólos engageait à peine sa reconstruction qu’elle fut de nouveau touchée par un cataclysme : en 1955, un séisme de magnitude 6,2 sur l’échelle de Richter ravageait son élégante architecture néo-classique et laissait place à des immeubles modernes en béton armé, conçus prioritairement pour résister à de futures secousses sismiques. Le nouveau plan urbain se caractérise par un aménagement en quadrillage régulier avec des rues se croisant à angles droits pour former des blocs géométriques. Bien qu’il puisse avoir un effet repoussoir de prime abord, cet urbanisme, qui offre de larges avenues et places ouvertes, donne un sentiment de respiration rare dans une aire urbaine grecque.


Une oasis dans la ville
Mais la plus grande force de Volos est sans aucun doute la présence de la mer, qui lui confère une douceur de vivre propre aux villes côtières. Le port est toujours en effervescence, attirant aussi bien les locaux que les voyageurs pour une promenade le nez au vent, à observer le spectacle sans fin des bateaux de pêches et des ferries, ou pour s’attabler à la terrasse d’un des nombreux cafés qui le bordent. Ici, les badauds dégustent des plats de fruits de mer accompagnés de tsipouro, cette fameuse boisson traditionnelle grecque distillée à partir des marcs de raisin et consommée nature ou aromatisée à l’anis. Si l’habitude de savourer ce breuvage est particulièrement ancrée à Vólos, c’est grâce à la culture des tsipouradika, ces tavernes où chaque commande d’une petite bouteille de tsipouro s’accompagne systématiquement d’un assortiment de mezze : fruits de mer, poissons, légumes grillés, salades, petites spécialités locales… Objectif, favoriser la commande de plusieurs tournées et ainsi encourager la sociabilisation entre les habitants. Une tradition importée de Turquie par les réfugiés grecs d’Asie Mineure.
Toujours sur le port, tranchant nettement avec les immeubles modernes de cinq étages, on remarque les édifices néo-classiques de la Banque de Grèce, du café Achilleion ainsi que du siège central de l’université de Thessalie. Les visiteurs de passage durant les vacances estivales ou de Noël auront la chance d’admirer la réplique du navire Argo, l’un des plus célèbres vaisseaux de la mythologie grecque, amarré près de la digue. Ce navire légendaire rappelle l’expédition des Argonautes, une aventure épique menée depuis cette cité autrefois baptisée Iolcos par le héros Jason et ses compagnons pour récupérer la Toison d’or dans le royaume de la Colchide, situé aux confins du monde connu (aujourd’hui en Géorgie). Le voyage fut marqué par une série d’épreuves, au cours desquelles les Argonautes durent affronter monstres marins, créatures mythologiques et tempêtes. Grâce à leur courage, leur ruse et l’aide des dieux, ils parvinrent finalement à Colchide, où Jason réussit, avec l’aide de la princesse Médée, à récupérer la Toison d’or. Symbole de l’union des forces héroïques, l’exploration des territoires inconnus et l’interaction des mortels avec les dieux, l’embarcation exposée à Vólos a été construite en 2008 de manière à évoquer l’apparence traditionnelle des trirèmes et galères grecques antiques tout en s’inspirant des descriptions mythologiques. Son corps en bois robuste, poli et lustré représente l’artisanat traditionnel de l’époque.



La balade sur le front de mer, qui a progressivement été piétonisée depuis les années 1990, se poursuit au sud sur deux kilomètres jusqu’à la plage de Volos. Pour y parvenir, on longe le parc Saint Konstantinos et ses bars aux allures de guinguettes, avant d’atteindre l’église de style néo-byzantin dédiée à Saint Constantin le Grand et sa mère Sainte Hélène, qui se dresse devant la mer. Se dévoile ensuite le parc Anovros, vaste espace vert apprécié pour son calme et ses sculptures contemporaines installées en plein air – notamment celles, organiques et énigmatiques, de l’artiste Tloupas Philolaos –, une initiative visant à intégrer l’art dans la vie quotidienne des grecs. On parvient ensuite à la plage d’Anovros, située à une vingtaine de minutes à pied du centre-ville, qui marque la fin subite de l’urbanisation. Divisée en trois parties séparées par des digues, cette plage urbaine familiale mêlant sable et galets jouit d’une jolie vue sur le golfe Pagasétique et offre de somptueux spectacles de couchers de soleil. Contrairement à ce que l’on pourrait s’imaginer, quitter Vólos ne permet pas de trouver un environnement balnéaire plus propice que celui-ci.




Une vie urbaine foisonnante
De retour dans le centre-ville, nous visitons l’église Saint Nicolas, la seule à avoir survécu au séisme de 1955. Construite dans les années 1920 en hommage au Saint Patron des marins sur les fondations d’un temple qui avait brûlé en 1898, elle constitue le point de référence de la ville et le lieu où appréhender la foi orthodoxe et l’héritage byzantin de la région.






Direction l’ouest, maintenant, pour achever la visite des derniers monuments et quartiers emblématiques de la ville. Sur le chemin, un crochet par la pâtisserie Kypsele, célèbre pour ses desserts et produits laitiers élaborés à partir des recettes traditionnelles familiales, s’impose. Nos pas nous mènent ensuite rapidement à la gare centrale, sans doute l’un des lieux les plus arpentés de la ville. Il faut dire que son élégante architecture néoclassique et sa couleur jaune-orangée contrastent avec le terne des matériaux modernes déployés dans le reste du tissu urbain. Construite dans la seconde moitié du XIXe siècle, située à quelques encablures du port et de la criée, elle est le témoin du développement industriel et commercial de Vólos. C’est l’ingénieur italien Evaristo de Chirico, père du célèbre peintre surréaliste grec Giorgio de Chirico, qui a conçu ses lignes symétriques, son toit à deux versants, son auvent soutenu par des colonnes en bois et ses fenêtres à arcs surmontées de motifs décoratifs. Les frises, corniches et motifs sculptés reflètent quant à eux le souci du détail de l’époque. Bien que, suivant les mêmes logiques économiques qu’en France, ses liaisons se soient aujourd’hui considérablement réduites, la gare continue de desservir Larissa, d’où les passagers peuvent prendre des correspondances vers Athènes ou Thessalonique.



Juste derrière les murs de la gare, le musée de la ville de Volos prend place dans un ancien entrepôt à tabac. Inauguré en 2009, cet établissement moderne mérite que l’on s’y attarde tant son contenu est riche et bien pensé : artefacts archéologiques, tableaux, objets, documents historiques et photographies anciennes témoignent de la vie quotidienne, de l’économie et de la culture voliote au fil du temps. Y sont tour à tour évoqués l’activité commerciale et industrielle, le travail des femmes, le développement urbain, les migrations, la production culturelle, les périodes de guerres et le tremblement de terre suivi de la reconstruction ou encore des efforts fournis pour améliorer l’image et le potentiel touristique de la ville. Riche d’une histoire complexe, Vólos se découvre pleinement à travers ce musée, dont la visite s’impose comme une étape essentielle pour qui souhaite comprendre son âme.
Enfin, impossible de partir sans avoir été respirer l’ambiance du quartier Palaia (« vieille » en grec), qui s’anime à la nuit tombée grâce aux 12 000 à 14 000 étudiants du siège de l’université de Thessalie. Les abords des bâtiments de l’université sont ainsi connus pour l’atmosphère vibrante de leurs cafés, bars et restaurants mais également pour leurs événements culturels et artistiques tels des concerts, expositions d’art et festivals.
On a aimé
Boire un thé/café ou un verre
- Charta : Située dans un charmant petit passage du centre-ville de Vólos, elle offre à la fois la possibilité de flâner dans sa librairie au goût du jour et de boire un café, une bière locale ou des verres de vins habilement sélectionnés, accompagnés de délicieux plats sans prétention. Une adresse calme et chaleureuse très prisée des jeunes !
- Filippou : Situé dans l’une des principales rues piétonnes, à l’intérieur d’un vaste bâtiment en pierre, le Filippou café propose de savourer une boisson et /ou une collation dans une ambiance cosy créée par une déco rétro, une playlist de jazz et la présence d’une bibliothèque de livres. Tous les produits à la carte sont sélectionnés avec le plus grand soin, mais l’adresse est surtout connue pour ses cafés de choix !
- Zoya : Lui aussi caché dans l’un des passages de Vólos, le café Zoya est l’endroit idéal pour déguster une boisson généreuse, un brunch ou un en-cas, en lisant un livre déniché dans la bibliothèque au doux son de musiques d’ambiance bien senties. S’il fait bon, optez pour la magnifique terrasse couverte située à l’arrière !
Manger
- Pâtisserie Kypseli : La queue désemplit rarement dans cette pâtisserie appréciée autant des habitants que des visiteurs pour ses desserts artisanaux et ses crèmes glacées, fabriquées selon des recettes traditionnelles à partir de lait de vaches et de brebis élevés en plein air dans les proches environs. Yaourts traditionnels, riz au lait, crèmes pâtissières mais aussi baklava, galaktoboureko, rouleaux de galaktoboureko et samali parfumé au mastic satisferont les goûts de tous !
- Brighton : Créé par deux amis grecs ayant fait connaissance à l’université de Brighton, en Angleterre, ce restaurant avec cuisine ouverte s’est récemment transformé en « simple » café servant des encas. Mais attention, vous n’avez probablement jamais savouré des salades, sandwichs ou pizzas aussi soignés et goûtues ! En changeant de proposition culinaire, Elias et Dimitris n’ont pas cessé de mettre à l’honneur les meilleurs produis bio et locaux, et nos papilles ne s’y trompent pas. Si vous devez manger sur le pouce, c’est à leur terrasse avec vue sur l’église principale de Vólos qu’il faut s’installer !
- MeZen : Ce lieu central, branché et très fréquenté (pensez à venir tôt ou bien à réserver) revisite la tradition des tsipouradiko. Ici, le visiteur est invité à choisir parmi les nombreuses bouteilles de tsipouro proposées à la carte pour se faire servir un assortiment de mezzés « surprises » revisitant des recettes traditionnelles grecques avec des ingrédients frais et originaux, d’une qualité inégalée dans la ville ! Pour celles et ceux qui sont peu friands de ce breuvage, il est également possible de consommer toute autre boisson et de commander des mezzés à la carte. Un passage obligé en cas de séjour à Vólos !
- Veggera : Au bord du site archéologique de Palaion, le restaurant Veggera est unanimement apprécié pour sa cuisine méditerranéenne complexe et raffinée à base de fruits de mer, poissons, viandes ou légumes mais relativement exempte de spécialités grecques. Des plats généreux que l’on déguste au calme de la terrasse ou dans la grande salle toute en longueur surplombée d’une cheminée en marbre.
Auteure
Journaliste et doctorante, je voyage dans les vastes interstices entre hauts lieux touristiques et marges, le plus souvent en van, au rythme lent de la route.
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