Pélion

Sur les pentes d'un mont mythologique

3 octobre 2025 | par Anouk

Au nord et à l’ouest du mont Pélion, qui façonne la péninsule du même nom, des villages aux maisons traditionnelles s’agrippent aux flancs rocheux et offrent des panoramas exceptionnels sur le golfe Pagasétique. Offrant une atmosphère plus rurale, l’est du massif est recouvert de champs d’arbres fruitiers qui s’étendent sur des pentes escarpées se jetant dans la mer Egée. Un décor partout empreint d’une longue histoire et de récits mythologiques.

Le mont Pélion, vaste massif culminant à 1 651 m d’altitude au mont Pliassidi, structure la topographie de la péninsule éponyme, reliant les quatre points cardinaux et créant un contact étroit entre montagne et mer. Légendaires, ces montagnes de noyers, de pins et de châtaigniers le sont pour avoir été la résidence d’été des dieux de l’Olympe et la demeure des centaures, ces créatures immortelles mi-hommes mi-cheval issues de la mythologie grecque, fruit de l’accouplement entre l’humain Ixion et une Néphélée (nymphe des nuages et de la pluie). Le célèbre Chiron, qui échappait à la barbarie de ses semblables, y aurait élevé et instruit avec sagesse les plus grands héros légendaires grecs : Achille, Jason et Asclépios. 

Les archontikas, emblèmes du Pélion

Au nord et à l’ouest du mont Pélion, s’étendent des villages au passé prospère offrant des couchers de soleil éblouissants sur le golfe Pagasétique ainsi qu’un bel aperçu de l’architecture traditionnelle. Datant généralement du XVIIIe ou XIXe siècle, ces maisons appelées archontikas sont omniprésentes dans toute la partie centrale de la péninsule

Exemple d’archontika à Vizitsa | © Traverse(s)

Pour s’adapter au climat caractérisé par de grandes variations de température, elles étaient construites sur trois niveaux, avec de la pierre souvent recouverte d’un enduit blanc pour les deux premiers et du bois sur l’étage supérieur qui forme un avancement. Leur appartenance à des familles de notables ou de riches commerçants explique qu’elles soient organisées de façon verticale, le rez-de-chaussée étant dédié au stockage, le premier étage à la vie quotidienne et l’étage supérieur à la réception des invités. Les fenêtres se faisaient rares aux étages inférieurs et très nombreuses sur l’avancement situé en hauteur, permettant une ventilation naturelle en été et une vue panoramique sur la mer ou la montagne. Les toits, quant à eux, ont été conçus en double-pente et à plusieurs niveaux puis recouverts d’ardoises extraites de carrières locales afin de résister aux conditions climatiques difficiles (pluies abondantes et neige en hiver) qui peuvent frapper la région.

Intérieur d’une archontika à Vizitsa | © Traverse(s)

Makrinitsa : un balcon sur Volos

Les voyageurs retrouveront ainsi cette architecture traditionnelle foisonnante dès la première et incontournable étape d’une virée dans la région – beaucoup s’arrêtent d’ailleurs à celle-là – : Makrinitsa, plus connue sous le nom de « balcon du Pélion ». Nul ne peut nier que ce village perché à 600 m d’altitude est éblouissant, mais attention à la foule en haute saison qui peut véritablement gâcher le plaisir de découvrir ses ruelles étroites. Fondé probablement au XIIIe siècle, il fut longtemps un centre culturel et économique important du Pélion, prospérant particulièrement pendant l’occupation ottomane grâce à l’exploitation forestière, l’artisanat du bois et la production de soie. Aujourd’hui, Makrinitsa présente les caractéristiques de tous les villages traditionnels du Pélion : un habitat dispersé et une place centrale ombragée de platanes centenaires autour de laquelle se multiplient tavernes traditionnelles, cafés, boutiques d’artisanat local et petites échoppes vendant des produits régionaux. Là où réside l’originalité – et la notoriété – de celle de Makrinitsa, c’est qu’elle s’ouvre sur le paysage grandiose du golfe Pagasétique et de Vólos en contrebas. 

C’est aussi là que se perpétue chaque année, au mois de juillet, la fête ancestrale des Maides, une célébration de Dionysos, dieu du Vin et de l’Ivresse, de la Végétation et de la Génération. Elle prend la forme d’une série de représentations assurées par des danseurs très expressifs, qui suivent un rituel puisant ses sources dans des cérémonies païennes antiques, au rythme d’instruments traditionnels grecs comme le bouzouki (un instrument à cordes proche du luth, avec une caisse de résonance allongée et un son métallique et vibrant), le daouli et le defi (deux percussions traditionnelles).

Un héritage religieux considérable

Toujours sur la place centrale, l’église Saint-Jean-Baptiste a été construite en 1806 sur les vestiges d’un édifice plus ancien et séduit par ses colonnes et son clocher en pierre, ses fresques byzantines et son iconostase en bois sculpté datant du XIXe siècle. Juste à côté, construite en 1809, une fontaine aux têtes de lion sculptées dans la pierre propulse une eau pure venant des montagnes environnantes. La tradition veut que l’on fasse un vœu en lui tournant le dos.

En montant quelques marches derrière l’église, on parvient au musée byzantin, qui abrite une collection importante d’objets d’art sacré (notamment des icônes, des manuscrits et des artefacts ecclésiastiques) issus de l’époque byzantine, durant laquelle le Pélion se trouvait être un centre majeur de la vie monastique. 

Fontaine aux têtes de lion sculptées | © Traverse(s)

En empruntant un chemin situé au-dessus de la rue principale, on rejoint l’église de l’Assomption de la Vierge, qui fait partie d’un vaste ensemble religieux niché dans un écrin végétal, loin du tumulte des touristes. C’est ici que fut fondé entre 1204 et 1207 le monastère de Macrinitissis autour duquel se développa le hameau. L’église, qui a conservé peu ou prou son visage d’époque, s’intègre parfaitement à l’environnement montagnard et présente des caractéristiques communes à la majorité des églises rurales du Pélion : un bâtiment relativement bas construit à l’aide de pierres locales, surmonté de toits pentus en tuiles d’ardoise et entouré de auvents soutenus par des colonnes en bois. Son clocher est édifié quelques dizaines de mètres plus loin, là aussi comme souvent dans la région, afin que sa chute ne puisse pas endommager la structure de l’église en cas de séisme. 

À Portaria, hommage aux centaures

Le prétendu « village de pêcheurs » de Ferragudo, largement mis en avant dans les guides et sur les réseaux sociaux, ne nous a ni séduits ni retenus. Après la traversée de la longue (et laide) conurbation de Portimao, nous rejoignons Lagos, qui fut le lieu de départ de plusieurs expéditions durant l’époque des Grandes Découvertes, et qui est aujourd’hui réputée pour être moins bétonnée que certaines stations balnéaires voisines. À son extrémité sud, se déploie la Ponta da Piedade (pointe de la Pitié), considérée comme l’un des paysages côtiers les plus impressionnants d’Europe, qui se trouve aussi être le site « naturel » le plus touristique et sauvagement urbanisé qui nous ait été donné de voir en Algarve. Certes, la quantité et la couleur des formations rocheuses dues à l’érosion (arches, gouffres et aiguilles surgissant de l’eau) font paraître les falaises d’Étretat bien modestes, en comparaison, mais l’omniprésence des constructions modernes dans nos champs de vision, les passerelles en bois canalisant les visiteurs dans un parcours entièrement balisé et la foule compacte altèrent profondément l’expérience. Difficile, ici, d’éprouver le moindre « sentiment de nature ».

Nous poussons ensuite la porte de Esti Art Pelion, un tiers-lieu culturel singulier qui a ouvert en 2024 dans l’espoir de fédérer habitants et visiteurs autour d’un verre, d’un livre, d’une exposition photo ou encore d’un cours de poterie.

Herbes locales | © Traverse(s)

Avant de quitter le village, il est une dernière adresse à visiter absolument : Myrro Tea & Botanicals, qui possède une variété remarquable d’herbes locales proposée à la vente ou à savourer sur place, une tasse fumante entre les mains. La présence de ce type de boutique s’explique par l’incroyable diversité d’herbes et de plantes médicinales, que l’on trouve sur la montagne du Pélion au nombre de… 1 500 espèces ! Si ses sols sont aussi fertiles, c’est grâce à son climat doux et humide mais aussi sa grande variété d’altitudes. Une végétation foisonnante qui joue un rôle central dans les traditions culinaires et médicinales depuis l’Antiquité. D’après la mythologie grecque, c’est le centaure Chiron, réputé pour sa bienveillance et son intelligence, qui aurait utilisé le premier les plantes pour soigner blessures et maladies. Une connaissance de la guérison qu’il aurait transmis aux héros grecs qu’il instruisait, au même titre que la chasse ou la musique.

En reprenant la route menant à Chania, nous tombons face à un ensemble religieux comprenant l’église paroissiale Saint Nicolas, son clocher bâti séparément et la très ancienne chapelle Notre-Dame, vestige du monastère de la Madone de Portaria, à l’origine du village. Construite au XIIIe siècle, elle possède des fresques du XVIe dans un spectaculaire état de conservation.

Eglise Saint-Nicolas et chapelle Notre-Dame | © Traverse(s)
Eglise Saint-Nicolas et chapelle Notre-Dame | © Traverse(s)
Eglise Saint-Nicolas et chapelle Notre-Dame | © Traverse(s)

Direction maintenant un lieu pour le moins inattendu dans le Pélion : la station de ski d’Agriolefkes. On y accède par un col où se trouvent quelques hôtels perchés à 1 200 mètres d’altitude. La modeste route continue ensuite à s’élever dans la forêt de hêtres, avant de déboucher sur un parking désert habité par des chiens à l’attitude menaçante. En haut de l’esplanade, une remorque encastrée dans un modeste édifice en bois sert visiblement de billetterie. Quelques remontées mécaniques éparses balafrent les hauteurs qui ne parviennent que rarement à s’extraire de la couverture forestière. À seulement 1 500 mètres, la station paraît bien improbable (et sa rentabilité hypothétique). Si pittoresque il y a, il faut le chercher dans la possibilité de skier durant un court instant avec la mer pour horizon.

L'or rouge du Pélion

Changement radical d’ambiance à Zagora (du slave « zagoré », qui signifie « derrière la montagne »), village rural authentique mais peu enclin à accueillir les visiteurs. Un graffiti « tourists go home », croisé dans l’une des rues principales, donne le ton. Ce gros bourg tout en longueur, le plus important du massif (entre 2 500 et 3 000 habitants), vit désormais essentiellement de la culture fruitière après avoir été un important centre de tissage et de commerce de la soie aux XVIIe et XVIIIe siècles

Zagora est très connue pour ses pommes, en particulier la Zagorin, appartenant à la famille des Starking Delicious, qui s’arrache dans toute la Grèce et l’Europe. Protégée par une AOP, elle est reconnaissable à sa peau rouge vif, sa chair croquante et juteuse ainsi que son goût sucré. Sa récolte s’effectue entre septembre et octobre dans un va-et-vient incessant d’agrotiko, ces vieux pick-up à usage agricole ayant bénéficié d’un régime fiscal très favorable à partir des années 1960 pour encourager la modernisation des campagnes grecques. Chaque année, ce ne sont pas moins de 10 000 à 15 000 tonnes qui sont récoltées, sans parler des poires, coings, grenades, cerises et châtaignes venant compléter l’économie fruitière locale. Une tâche mobilisant une grande partie du village, femmes comprises : la coopérative agricole des femmes de Zagora, fondée en 1993, est l’une des plus anciennes de Grèce et joue un rôle majeur dans la mise en valeur de ces fruits régionaux. C’est dans un vaste bâtiment néo-classique à la façade quelque peu décatie d’où s’échappent d’entêtantes effluves de pommes qu’elles travaillent à sa transformation en produits divers, notamment la liqueur et la confiture, ensuite vendues dans un café-épicerie ayant pignon sur la grande place. Si dans le pays, ces coopératives sont parfois portées uniquement par des femmes, c’est dû au développement dans les années 1980 d’une nouvelle politique, voulue par le gouvernement socialiste et mise en place par le « Secrétariat général à l’égalité des deux sexes », visant à favoriser l’émancipation sociale et économique des femmes en valorisant leur savoir-faire. 

Culture de pommes Zagorin | © Traverse(s)
Bâtiment de la coopérative agricole des femmes de Zagora | © Traverse(s)

Si le village de Zagora est peu propice à la flânerie, la nature luxuriante qui l’entoure incite quant à elle au ressourcement. En plus de la multitude d’essences d’arbres recouvrant ses pentes, elle offre ici ses plus beaux paysages d’eau. Si la trop forte concentration de schiste dans le sous-sol empêche la création de grandes sources souterraines, les pluies abondantes alimentent en revanche des rivières qui se frayent un chemin dans les nombreuses failles de grande taille, formant autant de cascades et piscines naturelles qui sont un ravissement pour les baigneurs au cœur de l’été. Rarement loin d’une route, elles sont cependant souvent mal indiquées et nécessitent de mettre son ouïe à l’affut du vacarme de l’eau. Celles de Poros semblent faire l’unanimité auprès des locaux.

Cascade de Paros | © Traverse(s)
Cascade de Paros | © Traverse(s)

Fenêtre sur mer

Achevons notre découverte des villages accrochés aux pentes de l’est du Pélion avec deux joyaux que l’on rejoint en suivant la D34 vers le sud de la péninsule : Kissos et Tsagarada. Le premier, perché à 550 m au-dessus de la mer, est connu pour abriter en son cœur l’une des plus anciennes églises du Pélion. Bâtie au XVIIe siècle en pierre et en lauzes, Agia Marina recèle de remarquables peintures réalisées au XIXe par l’artiste Ioannis Pagonis ainsi que d’une spectaculaire iconostase en bois de tilleul. Quelques kilomètres plus bas, à Tsagarada, on trouve non pas une mais quatre églises, un chiffre correspondant au nombre de hameaux qui composent la bourgade. 

Eglise Agia Marina à Kissos | © Traverse(s)

Mais l’attrait majeur de ce village réside plutôt dans le platane qui jette son ombre sur les cafés de sa place centrale. Rien d’original au vu de la quantité de cette essence forestière qui essaime le Pélion, à ceci près que l’arbre est ici millénaire, que son tronc ne mesure pas moins de 14 m de circonférence et que l’une de ses nombreuses branches aux allures d’épaisse tentacule repose de tout son poids sur un pilier en pierres érigé spécifiquement pour le soutenir. 

Platane de la région du Péliona | © Traverse(s)
Direction maintenant l’ouest du Pélion, que l’on rejoint depuis Vólos (au nord), Chania (au nord-est), ou Tsagarada (à l’est), où les villages de montagne présentent davantage d’intérêt que les bords de mer. De ce côté-ci, ce sont trois véritables pépites que l’on découvre juchées sur les hauteurs du golfe Pagasétique : Milies, Vizitsa et Pinakates, qui ont toutes su conserver à merveille leur héritage bourgeois du XIXe siècle. Vizitsa est le village qui possède la plus grande panoplie de splendides archontika, pour certaines restaurées à l’initiative de l’Office de tourisme et pour beaucoup reconverties en maisons d’hôtes. On peut également visiter l’église Saint-Georges, à l’architecture traditionnelle, avant de s’attabler à l’une des terrasses de la grande place ombragée qui se hisse assurément dans le top trois des plus accueillantes du Pélion. Enfin, ne manquez pas de pousser la porte d’Esperides, une jolie boutique vendant les produits culinaires fabriqués à partir des ressources locales par la coopérative d’une quinzaine de femmes.
Vizitsa | © Traverse(s)
Eglise Saint-Georges, Vizitsa | © Traverse(s)

En prenant la route direction Milies, on découvre au détour d’un virage l’un des plus beaux points de vue existant sur les eaux calmes et scintillantes du golfe Pagasétique. De là, on peut tenter de distinguer les formes qui appartiennent à une île et celles qui relèvent de la Grèce continentale, jeu des plus difficiles dans ce pays où la terre se décline en autant d’îles, d’îlots, de presqu’îles, de caps et de péninsules, se fondant avec les quatre mers qui la bordent dans un sublime chaos. 

Coucher de soleil sur le golfe Pagasétique | © Traverse(s)

Milies, berceau de la Révolution

Quelques centaines de mètres à l’ouest de Vizitsa se trouve donc l’un des villages phares du Pélion, qui joua un rôle prépondérant dans la résistance contre l’occupation ottomane : Milies, sans doute moins propret que son voisin mais disposant d’un certain nombre de monuments visitables qui apportent d’intéressants éclairages historiques et culturels sur le territoire. Commençons par la bibliothèque Psychis Akos, fondée au début du XIXe siècle par de grandes figures de « l’Éveil grec moderne » (mouvement qui a conduit à l’indépendance du pays) et regorgeant d’objets rares de la Révolution comme des ouvrages, des artefacts ou encore le drapeau brandi le 7 mai 1821 par Anthimos Gazis sur la place de Milies pour proclamer le soulèvement du Pélion contre les Turcs.

De l’autre côté de la route se trouve la place principale, au centre de laquelle trône l’église des Taxiarques (1741), construite pendant l’occupation ottomane alors que le christianisme était interdit, raison pour laquelle ni croix ni clocher n’étaient érigés à l’extérieur. Entre ses murs, on peut admirer des peintures murales en excellent état de conservation dont l’une, rare, représente la roue du zodiaque. Enfin, 48 jarres (quatre sous chaque dôme) et un système de puits souterrains servaient à amplifier les voix du prêtre et du chœur tout en étouffant suffisamment les sons pour qu’ils ne parviennent pas aux oreilles des Turcs, ce qui en fait aujourd’hui encore un lieu célèbre pour son acoustique exceptionnelle

Eglise des Taxiarques à Milies | © Traverse(s)

Attention au départ !

Dernier édifice à ne pas manquer, et pas des moindres puisque des ferrovipathes du monde entier s’y pressent : la gare de Moutzouri, petit bâtiment couleur potiron doté d’un grand auvent en bois. Située en contrebas du centre-ville, elle est la station terminus du célèbre petit train du Pélion, un train à vapeur historique surnommé « Mountzouris » (ce qui signifie « le noirci », en raison de la fumée noire rejetée par la locomotive), qui reliait Vólos aux villages du massif avant de devenir l’une des principales attractions touristiques de la péninsule. 

C’est au XIXe siècle que l’idée de construire une ligne de chemin de fer pour faciliter les échanges commerciaux entre Vólos et les villages du Pélion germa. Le projet fut confié à l’ingénieur italien Evaristo De Chirico, père du peintre surréaliste Giorgio de Chirico, qui avait déjà signé la gare de Vólos quelques années auparavant. Afin de faire face aux virages serrés et rampes abruptes, incontournables pour gravir la montagne, il opta pour une voie de seulement 60 cm de large, ce qui en fait l’une des plus étroites d’Europe. La première section reliant Vólos à Ano Lehonia (13 km) fut mise en service en 1896. En 1903, elle était prolongée de 16 km jusqu’à Milies, une tâche ardue qui nécessita la construction de neuf ponts de pierres, deux tunnels, de nombreux murs de soutènement et un pont en métal qui possède la particularité unique de combiner une ligne courbe et un support droit, portant le nom de son concepteur et devenu l’un des emblèmes de la ligne. 

Pont en métal combinant une ligne courbe et un support droit | © Traverse(s)

Durant de longues décennies, ce petit train à vapeur transporta ainsi voyageurs et marchandises à travers les montagnes du Pélion, apportant une prospérité nouvelle aux villages desservis, avant d’être progressivement supplanté par le réseau routier. En 1971, après des années de lente agonie, c’est la fermeture. Il faudra attendre 26 ans pour que le Mountzouris reprenne du service, sous la forme d’un petit train touristique fonctionnant désormais au diesel – ce qui ne l’a pas empêché pas de garder son affectueux surnom de « charbonnier » – et géré par l’Organisation des chemins de fer grecs (OSE).

Poste téléphonique à la gare de Milies | © Traverse(s)
Portion de la ligne de chemin de fer du Pélios | © Traverse(s)

Pinakates, un village hors du temps

Hors de question de quitter les hauteurs du golfe Pagasétique sans faire un tour à Pinakates, le plus à l’ouest des trois villages traditionnels. Celui-ci se distingue quelque peu par son architecture minérale, qui lui confère une plus grande authenticité et offre la délicieuse impression que le temps s’est suspendu. Ici, les archontika cèdent place à de grandes demeures sans encorbellement, toutes faites de pierres et affublées de toits uniformément bâtis en lauzes. Sur sa place centrale pavée et ombragée, on trouve la grandiose église Agios Dimitrios (elle-aussi en pierres apparentes), une magnifique fontaine à colonnes en marbre, une boutique de potier, une boulangerie traditionnelle dont les pains cuits au four à bois s’arrachent à des kilomètres à la ronde ainsi qu’une poignée de tavernes qui servent des spécialités locales comme l’agneau aux figues farcies et au fromage de chèvre ou le spetzofai. Spécialité du Pélion, il s’agit d’un ragoût épicé à base de saucisses, de poivrons (rouges et verts) et de tomates, le tout mijoté longuement pour que les parfums se mélangent. Certains y ajoutent de l’ail, de l’oignon et de l’aubergine ou encore du piment, de l’origan ou du laurier afin d’obtenir des saveurs encore plus complexes. 

On a aimé

Randonner

  • À Zagora : cascades et piscines naturelles de Poros. Se garer dans le virage marquant l’intersection entre la route menant à Volos et celle conduisant à Kissos, puis emprunter un petit sentier qui descend sur la gauche. Là, on déambule une quinzaine de minutes dans des paysages de vergers avant de tourner à droite sur un chemin (qui peut sembler privé) bordé de pommiers. La cascade et les bassins naturels, formés par l’érosion des roches calcaires due au ruissellement de la rivière, se trouvent en contrebas. Bien que touché par les pluies diluviennes de 2023 qui ont ajouté une touche de chaos, le paysage n’en reste pas moins impressionnant.

Boire un thé/café

  • À Makrinitsa : Art Café, des cafés, des tisanes d’herbes des montagnes grecques et des desserts traditionnels servis sur une terrasse surplombant le village de Makrinitsa et le golfe Pagasétique
  • À Milies : Anna Na Ena Milo, des cafés de dégustation venus du monde entier ainsi que des gâteaux traditionnels et des crêpes sucrées garnies de produits locaux dans une décoration surchargée de photos d’acteurs et de chanteurs, de vieilles affiches cinématographiques ou publicitaires et de couvertures de livres pour enfants.

Manger

  • À Makrinitsa :  Apolafsi, qui met à l’honneur de délicieuses spécialités du Pélion à travers des mezzés, des salades et des viandes (porc, poulet, agneau ou encore chèvre), servis sur la terrasse s’étendant sur plusieurs étages à l’ombre des platanes.

Acheter des produits locaux

  • À Chania : ferme Koumoutsi, une ferme biologique produisant de l’huile d’olive extra-vierge pressée à froid, des olives, du vinaigre de cidre de pomme et plus de 10 miels différents influencés par la flore locale.
  • À Portaria : Myrro Tea and Botanicals, qui propose à la vente des herbes (seules ou en mélanges), des thés, des épices, des champignons, du miel, des teintures ou encore des produits cosmétiques.
  • À Zagora : Coopérative agritouristique, réputée pour la transformation des pommes poussant autour de Zagora en confitures et autres douceurs.
  • À Vyzitsa : Esperides, coopérative de femmes proposant des confitures, biscuits, baklavas, fruits confits ou encore des pâtes trahanas, fabriqués à partir de ressources locales.
  • À Pinakates : boulangerie Fournos, s souvent qualifié de « meilleur pain du Pélion », il est fabriqué avec du levain et cuit dans un four traditionnel de troisième génération par Mario.

Auteure

Journaliste et doctorante, je voyage dans les vastes interstices entre hauts lieux touristiques et marges, le plus souvent en van, au rythme lent de la route.

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