Clermont-Ferrand
L'élégance volcanique
Sommaire
Auteure
Journaliste et doctorante, je voyage dans les vastes interstices entre hauts lieux touristiques et marges, le plus souvent en van, au rythme lent de la route.
Longtemps réduite à son image de « ville noire », Clermont-Ferrand révèle un tout autre visage à qui prend le temps de l’explorer. De ses origines antiques à son héritage contemporain, la ville déploie un patrimoine riche et singulier, façonné par la pierre volcanique.
Au pied de la chaîne des Puys, s’étend une métropole qui a longtemps souffert d’une mauvaise réputation. « Ville noire », industrielle, mal desservie, située au cœur d’un territoire rural que certains imaginent totalement à l’écart de la modernité, les clichés vont bon train sur Clermont-Ferrand. Pourtant, cette ville moyenne étudiante, dynamique, culturelle et longtemps marquée par des mouvements alternatifs, séduit largement ses habitants, qu’ils y soient nés ou qu’ils l’aient adoptée, et nombreux sont ceux qui ne souhaiteraient la quitter pour rien au monde. Au-delà de son cadre naturel exceptionnel, Clermont-Ferrand possède surtout un patrimoine architectural singulier. La pierre de lave, issue du refroidissement des coulées volcaniques environnantes, teinte une partie de ses édifices de cette nuance sombre caractéristique qui lui confère une identité urbaine unique en France.



Des origines antiques à l’essor médiéval
L’histoire de Clermont-Ferrand remonte à l’Antiquité. La ville antique, connue sous le nom d’Augustonemetum (« le sanctuaire d’Auguste », empereur romain), est fondée au Ier siècle après J.-C. sur la butte centrale correspondant aujourd’hui au cœur historique de Clermont. Cette implantation romaine s’inscrit dans un réseau stratégique de voies reliant notamment Lyon à l’ouest de la Gaule, même si la ville ne constituait pas à proprement parler un point de protection militaire de cet axe.
C’est au Moyen Âge que Clermont affirme progressivement son importance religieuse et politique. Sous l’influence du christianisme, de nombreux édifices majeurs voient le jour, parmi lesquels la basilique Notre-Dame-du-Port, construite aux XIe et XIIe siècles et considérée comme l’un des chefs-d’œuvre de l’art roman auvergnat. Inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1998 au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle, elle témoigne du rayonnement spirituel et artistique de la région à cette époque. Emblématique de l’édifice, la couleur blonde de son architecture, liée notamment à l’utilisation de l’arkose – un grès provenant des environs de Montpeyroux –, est somptueusement mise en valeur par des éléments décoratifs en pierre volcanique, notamment autour de l’abside. À cette période, le paysage urbain clermontois était bien différent de celui que l’on connaît aujourd’hui : les façades étaient dominées par des teintes claires, issues principalement de matériaux locaux comme le calcaire et l’arkose.
L’avènement de la pierre de lave
L’art gothique s’impose à Clermont-Ferrand à partir du XIIIe siècle, comme en témoigne la cathédrale Notre-Dame-de-l’Assomption, dont la silhouette élancée domine le centre historique. Edifiée en 1248, elle est injustement considérée comme étant le premier ouvrage clermontois en pierre de Volvic, alors qu’elle ne marque en réalité que la consécration de ce matériau devenu prestigieux. Le premier édifice bâti en pierre de lave serait en fait l’ensemble architectural situé au croisement de la rue des Chaussetiers et de la rue des Petits Gras, aujourd’hui séparé en trois édifices distincts où l’on peut encore observer cet usage ancien. Le matériau proviendrait directement du Puy Pariou, car contrairement à une idée répandue, toutes les pierres volcaniques utilisées à Clermont-Ferrand n’étaient pas extraites du même gisement. La « pierre de Volvic », issue des coulées du puy de la Nugère, ne représente qu’un type de lave parmi la douzaine qui a été exploitées dans la chaîne des Puys à des fins urbanistiques.
Si leur exploitation fut si tardive, c’est que contrairement au granit, au grès ou au calcaire, ce matériau était enfoui sous une croute très dure due au refroidissement de la lave. Lorsqu’il fut enfin découvert (sans que l’on sache comment), il fut l’objet d’une longue phase d’expérimentation pour s’assurer de son absence d’altération. Une fois les techniques maîtrisées et les qualités du matériau confirmées – résistance à l’eau, au gel, au feu, à la compression et à l’acidité – son usage se diffusa rapidement. Exploitée dans des galeries souterraines, qui présentaient l’avantage d’être à l’abri des intempéries mais rendait l’extraction des blocs plus complexe, la pierre de lave était ensuite acheminée sur le lieu de construction où était directement réalisé le travail de taille. Il suffira ainsi d’une centaine d’années pour que les villes de Clermont, Montferrand et Riom, qui constituaient alors les trois centres de pouvoir régionaux, se parent de gris.
Nouveaux styles, mêmes pierres
La pierre volcanique accompagne ainsi la transition du Moyen Âge vers la Renaissance, période durant laquelle s’élèvent de nombreuses demeures bourgeoises et hôtels particuliers au raffinement architectural remarquable, comme la maison de l’Apothicaire, mêlant pierres sombres de Volvic et boiseries. Cet ancien hôtel particulier abrite aujourd’hui la crêperie Le 1513, dont les cours intérieures enchâssées présentent de somptueux détails architecturaux, ou encore l’hôtel de Fontenilhes et l’hôtel Fontfreyde, avec leur tour d’escalier à vis et leur galerie ouverte sur cour.
Aux décors foisonnants de la Renaissance succède, à partir du XVIIe siècle, une architecture plus sobre et ordonnée. Le classicisme, dont le Centre Blaise Pascal – bâti tout en pierres de lave – est un bel exemple, privilégie la symétrie, l’horizontalité et la rigueur des lignes, tandis que le néoclassicisme, au XIXe siècle, s’exprime notamment dans les immeubles du cours Sablon, marquant une nouvelle étape dans l’évolution du paysage urbain.
Ce n’est véritablement qu’à partir du XVIIIe siècle que l’exploitation de la pierre de Volvic se structure et se rationalise. Les tailleurs de pierre commencent à produire des pièces en série et se regroupent progressivement autour de Volvic. Parallèlement, l’extraction évolue : les galeries souterraines cèdent la place à des carrières à ciel ouvert, permettant d’augmenter significativement les volumes d’extraction. Cette transformation de la production, couplée à l’essor de l’architecture bourgeoise et funéraire, permit à la pierre de Volvic de connaître au XIXe siècle son âge d’or. Jusqu’alors utilisé dans un rayon d’une centaine de kilomètres, le matériau commence à être exporté vers d’autres villes françaises pour des usages funéraires ou de pierre ouvragée, faisant vivre jusqu’à 2 000 personnes au plus fort de l’activité.
Les multiples héritages du XXe siècle
Ce siècle est aussi celui de l’essor industriel moderne, sous l’impulsion de l’entreprise Michelin, créée en 1889 par les frères André et Edouard Michelin et rapidement devenue le leader mondial de fabrication de pneumatiques. Cet héritage se lit encore aujourd’hui dans des réalisations emblématiques comme les pistes de Cataroux, d’impressionnants « toboggans » en béton culminant à plus de 30 mètres de hauteur, autrefois dédiés aux essais de pneus et faisant actuellement l’objet d’un programme de requalification. Il se manifeste aussi à travers les nombreuses cités ouvrières édifiées pour loger jusqu’à 28 000 travailleurs à l’apogée de la production. Cette même année 1889 marque également la mise en service, à Clermont-Ferrand, du premier tramway électrique de France, entrepris par Jean Claret.
L’utilisation massive de béton armé qu’accompagne l’essor industriel de la ville fait émerger des bâtiments au style résolument moderne comme l’Ecole d’architecture de Sabourin, mais aussi la Maison de la Culture, la Comédie de Clermont, le siège du Crédit Agricole Centre France et la faculté des sciences humaines, tous situés sur le boulevard François Mitterrand.
Enfin, Clermont-Ferrand porte l’empreinte du mouvement Art déco, qui s’épanouit après la Première Guerre mondiale. Marqué par le mélange des genres et des styles, ainsi que par une esthétique exaltant féminité, exotisme et élégance, ce courant donne naissance à des édifices remarquables au cœur de la ville. Parmi eux figurent l’immeuble aux lignes ondulantes du boulevard Desaix, l’immeuble Pincot situé boulevard Duclaux, ou encore l’hôtel Majestic, qui domine la place Gaillard avec son fronton découpé, ses bow windows et ses « fenêtres en étrave ».


Déambulation urbaine
Le centre historique, installé sur la « butte » dominée par la cathédrale, se distingue par une grande cohérence architecturale, malgré quelques exceptions comme les Halles et le Palais de justice. Les édifices, en totalité ou en partie construits en pierre de lave, s’organisent autour de ruelles médiévales étroites et de places de tailles variées. La plus vivante et fréquentée n’est autre que la place de la Victoire. Bordée de façades en pierre de lave et animée par de nombreuses terrasses, elle offre un point de vue spectaculaire sur la façade sud du chef-d’œuvre gothique.
À l’ouest de la cathédrale, la pittoresque rue des Gras dévale la pente et ouvre sur le quartier commerçant. Plusieurs haltes s’imposent : le centre photographique du magnifique hôtel Fontfreyde (gratuit), la place du Mazet – idéale pour une pause à l’ombre des arbres –, la place Gaillard, la rue des Chaussetiers, ainsi que le boulevard Desaix, où se côtoient la préfecture et un remarquable immeuble Art déco. En contrebas, la place de Jaude constitue un point névralgique de la ville. Au centre, se dresse la célèbre statue monumentale représentant Vercingétorix sur son cheval, haute de plus de 6 mètres. Sculptée par Auguste Bartholdi et installée en 1903, elle commémore la victoire du jeune chef gaulois sur César en 52 avant J.-C, lors du siège de Gergovie, un plateau qui surplombe aujourd’hui Clermont-Ferrand. Avec Blaise Pascal et Bibendum, emblème de Michelin, Vercingétorix figure parmi les icônes locales. Sur cette même place, on peut également admirer l’église Saint-Pierre-des-Minimes récemment restaurée, l’opéra-théâtre à l’italienne construit dans les années 1890, les élégantes Galeries Lafayette, le bâtiment historique du quotidien régional La Montagne, ainsi que les alignements urbains caractéristiques de la rue Blatin.







Au nord, à quelques pas de la cathédrale, se dresse l’hôtel de ville et le square Olympes de Gouges au centre duquel trône la fontaine d’Amboise, bel exemple du travail ornemental de la pierre de lave, et qui offre une vue partiellement dégagée sur ce flanc de la ville ainsi que sur le puy de Dôme.


À l’est, derrière la cathédrale, s’étend un quartier à l’atmosphère bohème et artisanale. On y découvre de nombreux ateliers d’artistes, des friperies, des lieux alternatifs et de remarquables œuvres de street art. Parmi les incontournables figurent la rue Blaise Pascal, la rue du Port et la basilique Notre-Dame-du-Port qui la jouxte, chef-d’œuvre de l’art roman.
Au sud, enfin, le quartier de Ballainvilliers, récemment réhabilité, mérite lui aussi une visite. La rue Abbé-Girard séduit par ses façades aux couleurs flamboyantes, la rue de la Treille par son charme « typiquement clermontois » et il fait bon siroter un verre sur la place Renoux, majoritairement fréquentée par les étudiants (ils sont plus de 40 000 dans la métropole). L’ensemble se prolonge vers l’obélisque puis vers le jardin Lecoq, structuré en relief autour d’un vaste plan d’eau, aménagé à la fin du XIXe siècle sous l’impulsion du professeur de minéralogie et de botanique Henri Lecoq.
On a aimé
Boire un verre
- The British Book Club of Claude Baccot : pub à l’ambiance cosy tenu par des anglais, nombreuses animations en semaine et le week-end (quizz, concerts…).
- Les Canailles : bar à l’esprit « bobo » assumé, prisé pour ses vins, ses planches et ses tapas.
- La taverne des 3 lutins : une immersion médiévale avec bières artisanales et breuvages moyenâgeux dans un décor de taverne.
- Bisou bar : bar à vin intimiste à l’accueil particulièrement chaleureux.
- Le Grand écart : un bistrot vivant au très bon rapport qualité-prix.
- Fermenté.e : lieu inclusif proposant des bières artisanales, des vins natures et une cuisine maison (super)créative.
- La Place : grande brasserie appartenant à la Comédie de Clermont, idéale avant ou après un spectacle.
- Bar des Beaux-Arts : café étudiant animé, parfait pour une pause en journée comme en soirée
- Le Chapelier Toqué : bar d’habitués à l’ambiance alternative, avec concerts réguliers et esprit un peu grunge.
- La Bamboche : institution étudiante incontournable pour des soirées animées.
- Pavillon Lecoq : une terrasse en cadre verdoyant au cœur du jardin Lecoq.
- Bistrot de la Mairie : adresse simple et authentique, idéale pour un verre dans une atmosphère locale.
- Les Berthoms : Bar à bières convivial avec une large sélection pression dans une ambiance animée.
- Ambiance Volcanic : caviste spécialisé en produits locaux qui se transforme en bar le soir.
- Potinga : Microbrasserie de quartier où déguster des bières artisanales brassées sur place.
Goûter
- Oh my cup
- L’Armoire à Cuillère
- La Fée Carabosse
- Le Manoir de Pelishka
- Les Goûters de Justine
- Boulangerie Moderne
Prendre un thé/café ou déjeuner
- Sweeteria : coffee shop cuisine du monde.
- L’entre-deux : café de spécialité et cuisine venue d’ailleurs.
- L’Inckliné : lieu hybride entre café et cantine.
Manger
- Français : La table au plafond
- Végétalien : Ô miracle
- Marocain : Les ruelles de Marrakech
- Breton : Carré Crêperie
- Portugais : La sardine
- Indien : Le Gandhi
- Vietnamien : NHU-Y
- Sud-américain : Barrio Latino
- Italien : La Donna Maria, Larderia
- Auvergnat : Le Puy de la Lune, Honoré
- Bistronomique : Comptoir central des bazars, Le Chardonnay, Le Zénith de mon père
Auteure
Journaliste et doctorante, je voyage dans les vastes interstices entre hauts lieux touristiques et marges, le plus souvent en van, au rythme lent de la route.
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